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ET SI L’AUTOEVALUATION OUVRAIT UN AUTRE CHEMIN POUR APPRENDRE ? (In French)
WHAT IF SELF-ASSESSMENT COULD LEAD TO A DIFFERENT WAY OF LEARNING ? (En anglais)
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Et si l’autoévaluation ouvrait un autre chemin pour apprendre ?
Et si l’autoévaluation ouvrait un autre chemin pour apprendre ?
Quand on parle d’évaluation, on pense souvent aux notes, aux réussites, parfois aux erreurs.
Mais l’autoévaluation raconte une autre histoire.
Une histoire où l’élève prend le temps de se demander :Qu’est-ce que j’ai compris ?
Où est-ce que je me suis trompé ?
Comment puis-je progresser ?Autrement dit, une histoire où l’on apprend aussi… à se connaître en tant qu’apprenant.
La place de l’évaluation dans le système éducatif français
En France, l’évaluation occupe une place centrale.
Elle permet de mesurer les acquis des élèves, d’orienter leur progression et de guider les apprentissages.
Traditionnellement, cette évaluation est menée par l’enseignant.Pourtant, de nombreux pédagogues soulignent l’importance de diversifier les pratiques d’évaluation, notamment pour mieux travailler à partir des erreurs.
Encourager l’autoévaluation des élèves me semble être l’une des voies possibles pour aller dans ce sens.Une pratique encore peu développée
En approfondissant mes recherches, j’ai constaté que l’autoévaluation reste encore peu présente à l’école élémentaire en France.
Les ressources sont limitées, et sa mise en œuvre peut susciter des réticences, certains enseignants craignant qu’elle remette en question leur rôle traditionnel d’évaluateur.Pourtant, dans d’autres systèmes éducatifs, cette pratique est pleinement intégrée.
En Finlande, par exemple, développer la capacité des élèves à s’autoévaluer fait partie des objectifs fondamentaux de l’enseignement.
Cette démarche vise notamment à renforcer l’estime de soi, la confiance et la motivation, tout en préparant les élèves à devenir des adultes capables d’apprendre tout au long de la vie.Une compétence utile bien au-delà de l’école
L’autoévaluation ne concerne pas uniquement le monde scolaire.
Après cinq années passées au Canada, j’ai aussi découvert cette démarche dans le monde de l’entreprise, notamment lors de mon premier master en développement organisationnel (ressources humaines et gestion), à travers le modèle de développement des compétences 70-20-10.Utilisé par les professionnels des ressources humaines en entreprise, ce modèle invite les employés à identifier les compétences qu’ils souhaitent développer, à analyser leurs besoins entre expérience, interactions et formation, puis à définir des actions concrètes et à ajuster leur parcours dans le temps.
Il place ainsi la personne au cœur de son évolution grâce à un processus continu d’autoévaluation.Si cette compétence est reconnue comme essentielle dans le monde professionnel,
pourquoi ne pas l’encourager dès l’école primaire ?C’est cette réflexion, associée au constat que l’autoévaluation reste encore peu développée en France, qui m’a conduite à mener une expérimentation de huit semaines dans une classe de CE2.
Huit semaines pour apprendre à s’autoévaluer
En 2024-2025, dans une classe de CE2, j’ai mené une expérimentation de huit semaines autour de l’autoévaluation.
J’ai mis en place :
- des grilles simples pour réfléchir à son travail,
- des temps d’explication à l’oral,
- un entretien individuel pour mettre en mots ses apprentissages.
L’objectif était d’observer si les élèves devenaient progressivement capables de :
- s’autoquestionner,
- identifier leurs erreurs et leurs réussites,
- formuler des stratégies pour progresser,
- construire eux-mêmes des critères d’évaluation.
Pour tester cette hypothèse, je me suis appuyée sur deux domaines fondamentaux :
- le français, à travers la dictée de mots,
- les mathématiques, avec les multiplications posées.
Deux disciplines centrales, mais aussi deux contextes différents, afin de vérifier que la démarche d’autoévaluation pouvait être comprise au-delà d’un exercice précis.
Des évolutions visibles, semaine après semaine
Peu à peu, quelque chose a changé dans la classe.
Les élèves ont commencé à :
- repérer eux-mêmes leurs erreurs,
- reconnaître leurs réussites,
- chercher des stratégies pour progresser,
- parler plus librement de leur manière d’apprendre.
Ils devenaient, progressivement, acteurs de leurs apprentissages.
Ce que cette expérience m’a appris
Au fil des semaines, j’ai observé bien plus que des progrès scolaires.
Certains élèves, habituellement en difficulté, ont su expliquer avec précision leurs erreurs et identifier des stratégies pour progresser, tandis que d’autres ont appris à reconnaître et à exprimer leurs réussites.
Le chemin n’a pas été uniforme ni immédiat pour tous, mais progressivement, les élèves ont développé davantage de réflexivité et de recul face à leur travail, au-delà de la simple « note ».Cette expérience m’a invitée à adopter un autre regard sur mon rôle d’enseignante.
Accompagner l’autoévaluation ne consiste pas à laisser l’élève seul : c’est créer un cadre de confiance, poser des questions, guider la réflexion et l’accompagner dans la construction de son autonomie.L’autoévaluation ouvre donc un espace précieux : celui où l’on prend conscience de ses réussites et de ses erreurs, où l’on réfléchit à sa manière de travailler, et où l’on devient progressivement maître de son apprentissage.
Elle rappelle aussi que l’évaluation peut être autre chose qu’un simple verdict : un moment pour réfléchir, comprendre et progresser.
Former des élèves acteurs de leur apprentissage, dès le primaire
Pour conclure, accompagner les élèves pour qu’ils analysent leurs démarches, réfléchissent à leurs erreurs et construisent leurs propres stratégies, c’est, selon moi, poser les bases de la confiance en soi et de l’autonomie.
Réussir un exercice est important, mais comprendre son propre chemin pour y parvenir, pourquoi on réussit, pourquoi on se trompe, permet à chaque élève de progresser et de mieux se connaître en tant qu’apprenant.
Cette conclusion me tient particulièrement à cœur en tant qu’enseignante.Ce travail a donné lieu à un mémoire, qui sera prochainement disponible en ligne.
D’ici là, je serai ravie de l’envoyer à toutes celles et ceux qui souhaitent le découvrir. Je recommande chaleureusement à tous les enseignants curieux de tester cette approche de se lancer !
Si vous souhaitez des conseils pour la mise en place ou des exemples de grilles à utiliser, je serai ravie de vous accompagner.Et pour ceux qui ont déjà expérimenté cette démarche, n’hésitez pas à me faire part de vos retours !
Anaëlle
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What if self-assessment could lead to a different way of learning ?
What if self-assessment could lead to a different way of learning ?
When we talk about assessment, we often think about grades, successes, and sometimes mistakes.
But self-assessment tells a different story.
A story in which the student takes the time to ask:What have I understood?
Where did I go wrong?
How can I improve?In other words, a story in which we also learn… to know ourselves as learners.
The place of assessment in the French education system
In France, assessment holds a central place.
It makes it possible to measure students’ learning, guide their progress, and support instruction.
Traditionally, this assessment is led by the teacher. Yet many educators emphasize the importance of diversifying assessment practices, particularly to make better use of mistakes as learning opportunities.
Encouraging students’ self-assessment seems to me to be one possible way forward.A practice that is still underdeveloped
As I explored the topic further, I realized that self-assessment is still rare in French primary schools.
Resources are limited, and its implementation can raise concerns, as some teachers fear it may challenge their traditional role as evaluators.However, in other education systems, this practice is fully integrated.
In Finland, for example, developing students’ ability to self-assess is one of the fundamental goals of schooling.
This approach aims to strengthen self-esteem, confidence, and motivation, while preparing students to become adults capable of lifelong learning.A skill that matters far beyond school
Self-assessment is not limited to the school environment.
After five years in Canada, I also encountered this approach in the workplace, particularly during my first Master’s degree in organizational development (human resources and management), through the 70–20–10 competency development model.Proposed by human resources professionals, this model invites employees to identify the skills they wish to develop, analyze their needs across experience, interactions, and formal training, then define concrete actions and adjust their path over time.
It places the individual at the heart of their own growth through an ongoing process of self-assessment.If this skill is considered essential in the professional world,
why not encourage it from primary school onward?It was this reflection, combined with the observation that self-assessment remains underdeveloped in France, that led me to conduct an eight-week experiment in a Year 4 classroom.
Eight weeks to learn self-assessment
In 2025, in a Year 4 classroom, I carried out an eight-week classroom experiment focused on self-assessment.
I introduced:
- simple reflection grids to think about one’s work,
- opportunities for oral explanation,
- an individual meeting to put learning into words.
The goal was to observe whether students would gradually become able to:
- question themselves,
- identify their mistakes and successes,
- formulate strategies,
- build their own assessment criteria.
To test this hypothesis, I relied on two core subjects:
- French, through word dictation,
- Mathematics, through written multiplication.
These are central disciplines, but also different learning contexts allowing me to see whether the self-assessment process itself could be understood beyond a single type of task.
Visible changes, week after week
Little by little, something shifted in the classroom.
Students began to:
- identify their own mistakes,
- recognize their successes,
- search for strategies to improve,
- speak more freely about how they learn.
Gradually, they became active participants in their own learning.
What this experience taught me
Over the weeks, I observed much more than just academic progress.
Some students, usually struggling, were able to explain their mistakes in detail and identify strategies to improve, while others learned to recognize and express their successes.
The process was neither uniform nor immediate for everyone, but gradually, the students developed greater self-reflection and perspective on their work, beyond the simple “grade.”This experience led me to adopt a new perspective on my role as a teacher.
Supporting self-assessment does not mean leaving students to work alone: it means creating a trusting environment, asking guiding questions, fostering reflection, and helping them build their autonomy.Self-assessment opens up a valuable space: one where students become aware of their successes and mistakes, reflect on how they work, and gradually take ownership of their learning.
It also reminds us that assessment can be more than a simple verdict: it can be a moment to reflect, understand, and progress.Developing students as active learners, from Primary School onwards
In conclusion, supporting students so that they can analyze their approaches, reflect on their mistakes, and develop their own strategies is, in my view, the foundation for building self-confidence and autonomy.
Completing an exercise successfully is important, but understanding one’s own path to success, why we succeed, why we make mistakes, allows each student to progress and to better understand themselves as learners.
This conclusion is particularly meaningful to me as a teacher.This work has led to a thesis, which will soon be available online.
In the meantime, I would be happy to share it with anyone who wishes to read it. I warmly encourage all curious teachers to give this approach a try!
If you would like guidance on how to implement it, or examples of assessment grids to use, I would be delighted to help.
And for those who have already experimented with this approach, please feel free to share your feedback!Anaëlle
